mercredi 25 novembre 2015

Québec, terre d’accueil




Édouard Mireault
Étudiant en français langue seconde à l’Université Laval


La guerre civile syrienne qui a débuté en 2011 se prolonge encore aujourd’hui provoquant une grave crise humanitaire. Comme lors de la guerre du Vietnam ou celle en Yougoslavie, le Québec est appelé à recevoir des immigrants rapidement. Trois visions principales se confrontent quant à la manière d’accueillir les nouveaux arrivants. Premièrement, il y a une assimilation totale des arrivants à un mode de vie national. Deuxièmement, il y a l’intégration de l’individu à partir d’une vision commune de l’espace citoyen. Troisièmement, il y a une intégration de l’individu orientée sur ses propres choix et libertés individuelles.

Un point convergent de ces trois visions est la recherche du vivre ensemble. Ces jours-ci différentes positions se font entendre dans le milieu de l’immigration du Québec en ce qui concerne l’arrivée des réfugiés syriens. La commission scolaire English-Montreal (CSEM) propose de recevoir 1000 réfugiés dans ses classes[1]. Avec le statut de réfugié, les Syriens pourraient alors choisir entre le français et l’anglais.  Est-il acceptable que les élèves immigrants du primaire et du secondaire puissent déroger à la loi 101 et recevoir une éducation en anglais plutôt qu’en français? Dans ce contexte, la société québécoise devrait-elle prioriser les libertés individuelles des Syriens pour permettre ce contournement de la loi en considérant leur statut de réfugié?

Selon moi, les libertés individuelles ne peuvent pas justifier une dérogation de la loi affirmant le français comme langue fondamentale d’intégration au Québec. Mes arguments sont les suivants. D’un point de vue universel, nulle personne ne peut devenir un être humain par lui-même. Nécessairement, nous devenons humains en apprenant la langue de nos parents. On rajoute à cela l’espace commun pour que les gens puissent interagir. Au Québec, la vie sociale et culturelle ne peut être possible sans une maitrise du français, car il est le chemin menant aux valeurs communes. La langue qui prédomine dans un pays permet à l’individu de comprendre les enjeux réels de la société ainsi que sa place dans l’espace citoyen. Par exemple, d’une manière plus concrète, les enfants nouvellement arrivés au Québec et intégrés aux classes francophones vont participer à la société québécoise francophone.

Lors de l’émission de Marie-France Bazzo le jeudi 19 novembre 2015, le maire Denis Coderre était amené à se prononcer sur le sujet. Il disait qu’il allait demander une dérogation à la loi 101 pour permettre aux réfugiés syriens de fréquenter les écoles anglaises. Il justifiait cette décision en prétendant faire preuve d’ouverture. Or, l’ouverture n’est pas un motif valable pour outrepasser une loi fondamentale qui assure le vivre ensemble au Québec.

Bien sûr, l’imposition de la loi 101 sera vue par certains comme restreignant les droits des individus dans la recherche de la liberté. Toutefois, cette recherche de liberté des individus ne peut que considérer le français comme langue largement majoritaire et seule à définir l’espace citoyen véritablement. Voici pourquoi : la loi 101 établissant la langue d’enseignement au primaire et au secondaire ne divise pas les individus, mais au contraire, elle permet d’établir un dialogue entre les personnes et les communautés, indépendamment des origines. Défendre ce point de vue, c’est défendre une intégration cohérente refusant à la fois la pure assimilation ainsi que l’individualisme.

            Bref, je recommanderais à Mme Kathleen Weil, ministre de l’Immigration, d’assurer un respect des lois québécoises encadrant le vivre ensemble. Le Québec est et sera l’une des plus grandes terres d’accueil, une des principales ouvertures à la grande culture occidentale héritée des Lumières.



Ville de Québec
Ville de Québec



[1] Vincent Marissal, «De climat… et de réfugiés», La Presse, 23 novembre 2015, http://plus.lapresse.ca/screens/c5a735c4-9b90-4868-9a8e-77a47511dbc0%7C_0.html .

lundi 23 novembre 2015

Canadien


Après le quart des matchs de la saison régulière joué, je me fais un plaisir de dresser un court bilan du Canadien de Montréal et de parler du négatif comme tout fan du Canadien ou analyste qui se respecte. Après tout, le Canadien n’est que premier dans la ligue. 

Ne soyez pas étonnés qu'il soit question de sport dans l'Albatros : c'est un terme de golf après tout.

D'abord, première interrogation personnelle — peut-être insignifiante me diriez-vous —mais voici : quel terme vais-je utiliser pour parler de cette équipe? Plusieurs ex-joueurs ou ex-entraineurs parlent de « Canadien », sans utiliser de déterminant, comme pour personnifier l'équipe — ou simplement par inconscience. Parce que vous savez tout aussi bien que moi qu'il n'est pas rare que ces experts déforment des expressions ou échappent des phrases nous faisant nous-mêmes échapper des « hein ». C'est avec ironie que j'ai commencé à parler de « Canadien ». Puis cela m'a plu. Canadien s'est intégré à mon vocabulaire oubliant presque ce pourquoi je l’utilisais. Comme quoi on peut se perdre dans l’ironie.

Mais c'est sérieux - je parle quand même de hockey - utilisons des termes sérieux.

Les Canadiens, donc, ont un excellent premier quart de saison. Ils siègent au premier rang de la ligue aux côtés des Stars de Dallas, les Rangers de New York étant juste derrière. Ils sont l'équipe qui compte le plus de but par match et la troisième qui en accorde le moins, deuxième en avantage numérique et troisième en désavantage numérique. Des chiffres d'autant plus remarquables que Carey Price, gagnant du trophée du meilleur gardien et du joueur le plus utile la saison précédente, n'a pu défendre le filet pour quelques temps, blessé. Mike Condon, son remplaçant, encore inconnu avant cette saison, a joué autant de matchs que lui après le quart de la saison. C'est la preuve que ce sont les défenseurs autant que les attaquants qui permettent aux Canadiens d'afficher de tels chiffres.
Il n’y a que des fleurs à lancer aux Canadiens.  L’équipe a un rythme et une vitesse d’exécution difficilement égalés par ses adversaires. Néanmoins, je vais parler du négatif.

 Plekanec-Pacioretty-Gallagher

J'ai peu à dire sur ce premier trio. Ils nous ont habitués à performer avec constance, tout comme l'an dernier. Plekanec et Pacioretty jouent avec intelligence : ils prennent toujours les bonnes décisions. Réunis, ils ont une belle complicité. Gallagher est habile avec son bâton et très vigoureux : il est le plus dangereux de l'équipe près du filet où il n'y a que peu de place pour manœuvrer et où l'on n’a qu’une fraction de seconde pour récupérer une rondelle. Plekanec m'étonnera toujours avec ses buts qui proviennent de nulle part, avec des tirs sans angle souvent à ras la glace que personne ne peut prédire. Il en a déjà deux ou trois comme cela. 

J'ai, par ailleurs, remarqué que ce trio comptait fréquemment lorsque l'équipe adverse retirait son gardien au profit d'un attaquant supplémentaire. Je n'arrive pas à trouver des statistiques individuelles à cet effet autre que, depuis deux saisons, Pacioretty est 3e dans toute la ligue pour le nombre de buts comptés dans un filet désert avec 10 buts. Cette saison, les Canadiens sont deuxièmes pour le nombre de buts comptés dans pareilles circonstances avec huit. Cela m'amuserait, si l'on avait les statistiques individuelles, de déduire les points et les plus et les moins (parce que cela affecte également les plus et les moins) lorsqu’un but est compté contre une équipe sans gardien. À mon souvenir, c’est autour de cinq buts que l’on soustrairait à ce trio sur les huit de l’équipe. Trouver des bobos là où il n’y en a pas : voilà un très bon exemple de cela.  

Il faut retenir de cela que l'entraîneur met ses meilleurs joueurs défensifs lorsque l'équipe perd par un point en fin de match et c'est ce trio qui est utilisé. Puis, compter sans qu’il y ait un gardien, c’est signe que l’on gagne. Seul les Stars de Dallas ont plus de buts dans un filet désert que le Canadien, et ils se partagent la tête au premier rang.  Mais, toutefois, c'est quand même graisser les statistiques offensives que de compter dans un filet désert et Dieu sait que l'on aime faire parler les statistiques.


Lars Eller

Eller est le seul joueur du Canadien qui se situe dans les moins (-2). Rappelons nous que lorsqu'un joueur est sur la patinoire pour un but de son équipe à force égale : c'est +1. C'est -1 si on se fait compter. On comptabilise le tout pour en arriver à un chiffre soit positif, négatif ou nul. Eller, donc, est le seul joueur dans le négatif chez le Canadien. Il est sans aucun doute talentueux et il le sait. Pourtant, les résultats ne sont pas démonstratifs de son talent et il en est frustré. Il a des mains surprenantes et un solide tir. Sa vitesse et sa fluidité ne font aucun doute. En situation de 4 contre 4 ou 3 contre 3, où il y a beaucoup d’espace, il est souvent employé par son entraîneur pour sa mobilité.

Mais quelque chose cloche dans son jeu. Il ne fait pas les jeux qui devraient être fait: à deux contre un il va tirer quand il faut passer et passer quand il faut tirer. Il ne semble pas avoir la vision de jeu pour aspirer à être un attaquant du top 6, du moins chez les Canadiens. Son problème n'est pas quelque chose de technique, de visible. Ce n'est pas un problème sur lequel on peut mettre un doigt et dire : voici. C'est ce qui le frustre. Peut-être que c’est avec d'autres coéquipiers qu’il pourra établir une complicité qu'il n'a pas encore trouvée dans l’organisation du Canadien.

Alexander Semin

Quel joueur étrange. Autant ses statistiques que son déplacement sur la patinoire sont étranges. Il a déjà amassé 40 buts dans une saison et gagné sept millions de dollars pour une saison de 6 buts en 51 matchs. On peut y croire : on peut percevoir chez lui une certaine créativité offensive. Or, c'est comme si l'engrenage s'était brisé. Cette capacité offensive à provoquer les défenseurs et à créer de l'attaque ne fonctionne plus et il ne sait la corriger. Il ne peut envisager un autre style de jeu : il est d'une mollesse déconcertante. La chimie n'était pas mauvaise avec Eller et Galchenyuk à ses côtés, mais cela n'aboutissait pas à des résultats. Son seul but était un tir qu'un gardien se doit d'arrêter. Je le vois mal jouer plus de matchs qu'il n'en a joués, à moins de blessures.

S’il y avait une acquisition à faire, c’est d'un ailier dont le Canadien aurait besoin. S’il y avait des joueurs à offrir dans un échange, c’est bien Eller et Semin qui seraient sur la liste.


Semaine de grève dans les écoles

Coupes budgetaires dans l’éducation: à quel prix les Québécois paieront-ils l’équilibre?
 Le gouvernement libéral du Québec a promis lors des élections provinciales de 2014 d’atteindre l’équilibre budgétaire au cours de l’année 2015-2016. Pour ce faire, plusieurs coupures budgetaires dans la sphère de la fonction publique ont été entreprises. Ces coupures concernent notamment les policiers, les pompiers, les employés du secteur de la santé, les enseignants, et le personnel de soutien dans les écoles. Mardi dernier, 125 000 des 415 000 employés représentés par le Front commun de la santé, de l’éducation et de la fonction publique étaient en grève à travers la province. Les employés de la fonction publique manifestent contre les nouvelles réglementations que veut imposer le gouvernement québécois.
Heures supplémentaires
Mercredi dernier, sur la rue Université, à l’entrée de l’école FACE, en face de l’entrée du pavillon Adams de l’université McGill, malgré la pluie et le vent, les quelque 60 enseignants de la partie francophone de l’école étaient en grève légale non payée pour la journée. L’école FACE fait partie de L’Alliance des professeurs et des professeures de Montréal qui est représentée à la table des négociations avec le gouvernement du Québec pour une nouvelle convention collective des employés du secteur de l’éducation.
Le gouvernement veut augmenter la durée de la semaine de travail des enseignants de 32 à 35 heures sans toutefois aucune augmentation salariale à l’horizon. En effet, les salaires seraient gelés pour les trois prochaines années (et non pas indexés sur l’inflation) et une augmentation de 3% des salaires des enseignants ne serait prévue que pour la quatrième et la cinquième année. Pour l’instant, cette proposition a été mise de côté par le gouvernement à cause de la grogne qu’elle a occasionnée, nous dit Paul, représentant syndical de l’école. Toutefois, les projets du gouvernement inquiètent: coupures dans l’aide spécialisée (élèves autistes, élèves sourds et muets, etc.), élimination de certains postes, telles que l’aide psychologique pour les élèves, mais aussi pour les enseignants.
Luce Engérant
Enseignants mécontents
D’après Amélie Lapointe, enseignante à la maternelle, l’enjeu névralgique des négociations est la question de l’élimination des quotas et de l’augmentation du nombre d’élèves par classe: «le gouvernement veut éliminer les quotas dans les classes. Normalement les classes avec un enfant avec des difficultés sont prises en considération et ces classes comptent un moins grand nombre d’élèves. Par exemple, si une classe de maternelle a normalement 20 élèves, une même classe avec un enfant autiste en aurait 16 ou 17, afin que l’enseignant puisse être plus disponible pour cet enfant qui pourrait avoir des difficultés d’apprentissage.» L’enseignante s’inquiète à  l’idée que cette réforme éventuelle fasse des élèves avec des difficultés d’apprentissage des laissés pour compte tout en augmentant la charge de travail des enseignants.
Julie Adam, également enseignante, se soucie du manque de reconnaissance du corps enseignant au sein de la société. «J’entends souvent dire que les enseignants ont de très bonnes conditions de travail pour une charge de travail minime. Pourtant, les enseignants n’arrêtent pas de travailler au son de la cloche, nous devons corriger les travaux scolaires, préparer les cours, organiser les activités parascolaires, etc. Ces heures supplémentaires ne sont ni comptées ni rémunérées.»
Les élèves de l’école FACE auront donc manqué deux jours d’école durant cette semaine de manifestations et de piquets de grève. Si le gouvernement et les associations syndicales n’arrivent pas à trouver un terrain d’entente pour le renouvellement de leurs conventions collectives, certains regroupements d’enseignants pourraient tomber en grève illimitée en décembre.
Montréal, le 3 novembre.

dimanche 22 novembre 2015

Exercice Parapoétique

Commencer la nouvelle phrase par la première syllabe du dernier mot de celle d'avant.
Attention, âmes sans cils s'abstenir.

La tortue passe calmement sous les ombrages des parasols inclinés. 
Un clopinant parasite stimule son dard de façon intempestive. 
La tempête s'empare de mon corps alors que les eaux se soulèvent. 
Soulagés, les badaux acquiescent simulatnément. 
Simiesque, son visage change tranquillement pour adopter enfin une allure bestiale. 
Aluminerie abandonnée, endroit parfait pour dissimuler plusieurs tonnes de stock dérobés. 
Déraillement surprenant, la voie ferrée devient le théâtre incongru d'un déférlement de wagons détruits. 
Remplis de détritus, les poubelles du restaurant coréen font la joie de félins affamés. 
Félicitations, vous êtes le millionième visiteur! 
Vizir, je voudrais solliciter vos bonnes grâces pour une opération des plus imminentes. Immunoglobuline, une protéine aux utilités des plus glorieuses. 
Glouton ou carcajou, ces deux termes désignent le même animal des forêts nord-américaines. 
Amèrement, ils concédèrent leurs parts de marché au détenteur du monopole grandissant. 
Grandiloquence, feux d'artifice et saltimbanques étaient de mise hier au banquet. 
Banquise au sud du Groenland: on aperçoit une scène quotidienne, des phoques se laissant glisser sur la glace jusqu'à un plongeon glacial. 
Glacier, il faisait fureur sur les plages aux alentours de Toulon. 
Un aspect alambique peut être défini comme tarabiscotté, c'est seulement qu'il est trop subtil, trop raffiné ou seulement incompréhensible. 
L'incontinence est un des fléaux de l'âge d'or. 
Dors bien, car demain est un grand jour. 
Joufflu comme deux, ce mouton était destiné à être la découverte de l'année lors d'un éventuel méchoui. 
La mèche était partagé par les traîtres, car ils l'étaient tous. 
Toux brutale dont il était victime, il aurait toussé ses poumons s'il en avait eu la force. 
Fort Lauderdale est un endroit dont on m'a dit beaucoup de bien. 
Bienheureuse, comme Alexandre, la petite Sandra s'était rendu à la ferme des O'Hara pour un porter du babeurre. 
Barbouillé de gelée de menthe, l'agneau était prêt à voler la vedette à l'apéro, l'entrée, la soupe et la salade.
Salaison réussie et conservation sous une espèce couche de neige, la viande allait être préservée durant tout l'hiver. 
Ivre de lettres, le pigiste restait éveillé tous les soirs un peu plus tard pour contempler l'agencement des mots que lui offraient les correspondances interceptées du bureau de poste. 
Posté devant le pont-levis, il montait et descendait sa hallebarde selon les ordres. 
Ordinateur portable et états d'âmes: le journalisme réinventé. 
Un rein, c'est bien mais deux c'est mieux. 
Miaulement provenant de l'animalerie, la cargaison de chats étaient donc arrivée à bon port. 
Porc-épic ou porc épique? il faut préciser. 
Cette prémisse élégante vous a été offerte par l'illustre fruitier de la rue d'en face. 
Face ou pile, c'est plutôt là qu'est la question. 
Ma quête est de survivre, quelle est la vôtre? 
Ils étaient vautrés dans la souillure lorsque je les ai retrouvés. 
Retranchées, ces carottes étaient désormais coupées très finement.

À titre d'accompagnement visuel :voici un croquis assez ludique de la main de Paul Gauguin prénommé "Gaspard et son petit Page".
-Si le petit Page pouvait !
-Si Gaspard savait !



samedi 21 novembre 2015

Foire aux «Zines»

Expozine 2015, une foire aux fanzines haute en couleurs.
– «Salut ma belle! Est-ce que je peux te payer un fanzine?»
            – «Non merci, c’est correct. Je peux me procurer mes propres fanzines!»
On retrouve ce dialogue extravagant entre un homme à bord d’un vaisseau spatial et une jeune extraterrestre sur l’affiche placardée sur la porte menant au sous-sol de l’Église Saint-Enfant-Jésus du Mile au coin des boulevards Saint-Laurent et Saint-Joseph.
Par ce samedi glacial, premier des deux jours du salon Expozine 2015, on s’engouffre dans un couloir menant à une salle communautaire remplie d’exposants, d’artistes et de centaines de visiteurs.
Ce salon fait la promotion d’artistes et de publieurs indépendants de Montréal. Pendant ces deux jours, le «zine» est à l’honneur. Le fanzine, ou tout simplement zine, est une publication imprimée périodique ou non, institutionnellement indépendante.
Menu éclaté et varié
Attablés sont une centaine d’exposants qui révèlent leurs créations: des affiches, des magazines, des livres et beaucoup de fanzines. Il y a une cafétéria servant de la nourriture à un prix fort abordable, une salle de lecture et d’exposition et des toilettes pour tous «gender neutral». Il y a beaucoup de jeunes et de moins jeunes, plusieurs exposants tiennent des bébés dans leurs bras et on peut rencontrer un grand husky qui visite lui aussi la foire aux fanzines.
Sebastian, du «Swimmer’s Group», publieur indépendant de bande dessinée et d’œuvres d’art raconte comment il a fondé sa maison d’édition.
«Tout d’abord, je ne suis pas un éditeur, je ne censure jamais ce qu’on me soumet. Tout a commencé à Toronto, d’où je viens, mes parents étaient des éditeurs professionnels, ils publiaient surtout des ouvrages académiques. Ce milieu m’a toujours intéressé, mais je n’aimais pas le carcan académique dans lequel mes parents œuvraient. Vers la fin de l’adolescence, j’ai commencé à imprimer et diffuser le travail de certains amis artistes. Je me suis fait un nom et maintenant ce sont les artistes qui viennent me voir. Cela fait maintenant deux ans que je publie à Montréal.»
Sebastian exposait ses fanzines de bande dessinée, certains avec beaucoup de sang et de nudité, mais toujours avec une touche d’humour irrévérencieux. Il annonçait également une série de livres en collaboration avec un artiste qui sera bientôt lancée.
Plusieurs librairies et maisons d’édition étaient présentes comme la librairie du Centre Canadien d’Architecture et Écosociété. Les éditions Écosociété exposaient une grande gamme de livres tels que «L’anthologie du printemps étudiant de 2012», «Le guide d’autodéfense intellectuelle» et des manuels d’initiation à différentes pratiques, comme la permaculture, une technique durable pour faire de l’agriculture à petite et grande échelle.
Salomé Grouard
Fanzines et artistes engagés
La plupart des éditeurs, artistes et artisans choisissent de publier de façon indépendante pour éviter la censure, avoir une liberté artistique accrue ou encore passer un message critique de différents aspects de notre société.
«Sucker Press» exposait son fanzine «Frosh Week volume 1», une critique acrimonieuse des pratiques de bizutage initiatifs des universités à Montréal, mais en particulier celles de l’Université McGill. «Frosh Week volume 1» relate en dessins et en texte l’aventure dégradante de l’initiation d’un jeune étudiant. Il présente des dessins explicitement choquants. «Certains peuvent y voir une bande dessinée à caractère sexuel déplacé, mais souvent la réalité est telle qu’on ne veut pas l’accepter et c’est celle-ci que nous souhaitons dénoncer» explique Gabrielle, contributrice au sein de «Sucker Press». Gabrielle et ses collaborateurs ont quitté Toronto pour Montréal à cause du moindre coût de la vie, mais surtout pour atteindre un public qu’elle décrit comme plus ouvert et plus réceptif.
D’autres artisans ont pour but de rendre la lecture et l’alphabétisation plus accessible via leurs publications. Maxime, libraire à son compte et représentant d’«Écosociété» pour le salon Fanzine, est un de ceux-là. Avec son collègue Michel Vézina, il a fondé une librairie mobile à l’intérieur d’un camion de pompiers. Son prochain projet est de créer un «pub-librairie» afin de faire la promotion de la lecture dans un village des Cantons de l’Est où il n’y a ni bibliothèque ni librairie.
Les artistes présents au salon Expozine sont des publieurs et des artisans ouverts et passionnés qui œuvrent de façon indépendante et prouvent tous les jours que la presse libre montréalaise existe à travers chacune de leurs publications. Définitivement, le milieu du fanzine montréalais est un milieu dynamique et éclaté et vaut la peine d’être découvert!


vendredi 20 novembre 2015

Le dialogue syrien


   Les récents attentats terroristes perpétrés en plein cœur de la capitale française dans la soirée du 13 novembre dernier étaient d’une ampleur sans précédent; l’onde de choc qui en résulta frappa de plein fouet l’entièreté de la communauté occidentale. Effectivement, les monstrueux évènements ont rapidement fait le tour du globe grâce à une couverture médiatique omniprésente, de sorte que présentement, bien peu de gens ne soient pas au courant de la situation. À dire vrai, depuis les faits, il est impossible de naviguer sur les médias sociaux sans apercevoir un article ou bien un commentaire en lien avec les attaques de Paris. En effet, utilisant l’incroyable tribune qu’est l’internet, chacun peut se permettre de donner son point de vue, qu’il soit avisé ou non, sur le délicat sujet de la montée de la radicalisation islamique et de la menace djihadiste qui en découle. Plutôt que d’admettre l’imposante complexité de ce conflit international centré autour de l’État Islamique et ayant comme principaux acteurs les plus grandes puissances mondiales, plusieurs se bornent à croire le premier article répondant à leur inclination idéologique, sans se poser de questions supplémentaires.

Corollairement, on constate une abondance d’opinions divergentes chez les Québécois. Par exemple, certains pleurent les morts du Bataclan et appellent à la vengeance absolue, alors que d’autres s’indignent du peu d’intérêts que l’on accorde aux drames humanitaires bouleversant d’autres parties de la planète. Bref, au moyen de l’internet, chacun à la possibilité de se prétendre professeur émérite de géopolitique du Moyen-Orient, et cela, en certaines occasions, aux grands dépens d’une conscientisation collective qui aurait bien besoin de s’expliquer que le conflit, par sa profonde insolubilité, la supplante complètement.

C’est ainsi que le débat s’incruste dans le quotidien des Québécois et incite ces derniers à y prendre part, à se positionner à travers le tumulte. Toutefois, le défi est de taille, surtout pour les citoyens qui ne s’intéressent habituellement pas à la politique, mais qui cette fois-ci, s’empoignent de cette crise tant celle-ci suscite la peur, la crainte et la panique au sein de la société. Néanmoins, cela n’empêche globalement pas la population de fortement réagir; le phénomène des pétitions circulant présentement sur internet le démontre concrètement.

En effet, suite aux attentats, approximativement 75 000 citoyens, si l’on se fie au nombre de signataires de la supplique, interpellent le Premier Ministre fédéral Trudeau en lui demandant de revenir sur sa promesse électorale d’accueillir 25 000 réfugiés syriens au Canada, pour de raisons de «sécurité nationale», avant la fin de l’année 2015. S’indignant de cette demande, une contre-pétition visant à dénoncer le caractère «ignoble et xénophobe» de son homologue a elle aussi été publiée, on n'y dénombre pas moins d’environ 55 000 signatures. Le Québec est donc clairement divisé sur cette question polémique qui occupe de plus en plus d’espace sur la scène politique nationale. En effet, quand ce ne se sont pas les partis d’oppositions à l’Assemblée Nationale qui s’en mêlent, c’est le Premier Ministre Couillard lui-même qui ajoute son grain de sel au débat. Sans oublier les maires de grandes villes canadiennes, Québec et Toronto entre autres, qui s’invitent également dans le démêlé. Justin Trudeau n’a pas encore confirmé ses positions suites à la croissance exponentielle du tiraillement, mais il n’en reste pas moins évident que sa décision sera certainement instigatrice d’un plus ample fractionnement de l’opinion publique.

En ce sens, j’appelle les Québécois à s'interroger sur les enjeux essentiels de cette crise des réfugiés. J’invite tous, mais particulièrement ceux ayant signé les pétitions mentionnées plus haut, à considérer les pistes de réflexion suivantes. Sommes-nous en train d’amalgamer l’image des musulmans d’aujourd’hui à celle des juifs d’hier, c’est-à-dire les Bouc-Émissaires de la société? Pourquoi associer le terrorisme aux familles fuyant la guerre civile qui ravage leur pays déchiré depuis plusieurs années? Ne seraient-ils pas les personnes les plus susceptibles de cultiver la haine envers l’État islamique? Notre pays n’est-il pas partiellement façonné par de grandes vagues d’immigrations comme celle des Irlandais dans les années 1840? Ne sommes-nous pas un État de paix promouvant le multiculturalisme ainsi que la liberté de tous? Toutefois, il faut aussi pondérer ces questions avec d’autres, tout aussi apparentes bien qu’elles proposent une approche différente. En ce sens, il faut se demander si : Le Canada est-il en proie à une réelle menace de terrorisme islamiste? Les incidents de Paris pourraient-ils être réitérés dans un petit café ou un théâtre animé de Montréal ou de Québec? Augmentons-nous le risque d’infiltration djihadiste dans le pays en autorisant 25 000 Syriens à s’introduire au Canada? Quels devoirs moraux avons-nous envers ces populations qui semblent si différentes de nous? L’accueil d’un grand nombre d’immigrants pourrait-il nuire à la sauvegarde de notre culture et de notre identité occidentale? Y aurait-il des effets pervers sur l’économie, le travail et les industries de la province?

Selon moi, c’est chacune de ces questions, et bien d’autres, qui devraient être fougueusement débattues sur l’espace public de la province (ce qui englobe évidemment les réseaux sociaux). Le citoyen démocratique exemplaire ne poursuit pas ses passions, il s’efforce d’être assidûment attentif à l’actualité pour émettre des jugements logiques et intelligibles. Ainsi, il ne faut pas se ranger derrière les positions radicales adoptées par l’une ou l’autre des pétitions, mais bien prendre le temps de discuter pour tenter de renouer avec un dialogue sain, critère fondamentalement indispensable au bon fonctionnement de nos démocraties occidentales. Sans le moindre doute, c’est dans l’adversité que l’on grandit.

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