Édouard
Mireault
Étudiant en
français langue seconde à l’Université Laval
La guerre civile syrienne qui a
débuté en 2011 se prolonge encore aujourd’hui provoquant une grave crise
humanitaire. Comme lors de la guerre du Vietnam ou celle en Yougoslavie, le
Québec est appelé à recevoir des immigrants rapidement. Trois visions
principales se confrontent quant à la manière d’accueillir les nouveaux
arrivants. Premièrement, il y a une assimilation totale des arrivants à un mode
de vie national. Deuxièmement, il y a l’intégration de l’individu à partir d’une
vision commune de l’espace citoyen. Troisièmement, il y a une intégration de l’individu
orientée sur ses propres choix et libertés individuelles.
Un point convergent de ces trois
visions est la recherche du vivre ensemble. Ces jours-ci différentes positions
se font entendre dans le milieu de l’immigration du Québec en ce qui concerne
l’arrivée des réfugiés syriens. La commission scolaire English-Montreal (CSEM)
propose de recevoir 1000 réfugiés dans ses classes[1]. Avec
le statut de réfugié, les Syriens pourraient alors choisir entre le français et
l’anglais. Est-il acceptable que les élèves
immigrants du primaire et du secondaire puissent déroger à la loi 101 et
recevoir une éducation en anglais plutôt qu’en français? Dans ce contexte, la
société québécoise devrait-elle prioriser les libertés individuelles des Syriens
pour permettre ce contournement de la loi en considérant leur statut de réfugié?
Selon moi, les libertés
individuelles ne peuvent pas justifier une dérogation de la loi affirmant le
français comme langue fondamentale d’intégration au Québec. Mes arguments sont
les suivants. D’un point de vue universel, nulle personne ne peut devenir un
être humain par lui-même. Nécessairement, nous devenons humains en apprenant la
langue de nos parents. On rajoute à cela l’espace commun pour que les gens
puissent interagir. Au Québec, la vie sociale et culturelle ne peut être
possible sans une maitrise du français, car il est le chemin menant aux valeurs
communes. La langue qui prédomine dans un pays permet à l’individu de
comprendre les enjeux réels de la société ainsi que sa place dans l’espace
citoyen. Par exemple, d’une manière plus concrète, les enfants nouvellement
arrivés au Québec et intégrés aux classes francophones vont participer à la
société québécoise francophone.
Lors de l’émission de
Marie-France Bazzo le jeudi 19 novembre 2015, le maire Denis Coderre était
amené à se prononcer sur le sujet. Il disait qu’il allait demander une
dérogation à la loi 101 pour permettre aux réfugiés syriens de fréquenter les
écoles anglaises. Il justifiait cette décision en prétendant faire preuve
d’ouverture. Or, l’ouverture n’est pas un motif valable pour outrepasser une
loi fondamentale qui assure le vivre ensemble au Québec.
Bien sûr, l’imposition de la loi 101
sera vue par certains comme restreignant les droits des individus dans la
recherche de la liberté. Toutefois, cette recherche de liberté des individus ne
peut que considérer le français comme langue largement majoritaire et seule à
définir l’espace citoyen véritablement. Voici pourquoi : la loi 101 établissant
la langue d’enseignement au primaire et au secondaire ne divise pas les
individus, mais au contraire, elle permet d’établir un dialogue entre les
personnes et les communautés, indépendamment des origines. Défendre ce point de
vue, c’est défendre une intégration cohérente refusant à la fois la pure
assimilation ainsi que l’individualisme.
Bref,
je recommanderais à Mme Kathleen Weil, ministre de l’Immigration, d’assurer un
respect des lois québécoises encadrant le vivre ensemble. Le Québec est et sera
l’une des plus grandes terres d’accueil, une des principales ouvertures à la
grande culture occidentale héritée des Lumières.
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| Ville de Québec |
[1] Vincent
Marissal, «De climat… et de réfugiés», La
Presse, 23 novembre 2015, http://plus.lapresse.ca/screens/c5a735c4-9b90-4868-9a8e-77a47511dbc0%7C_0.html
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